Raymond Domenech France 2010

La frugalité par l’IA : bonne ou mauvaise idée ?

Il n'aura échappé à personne que les temps sont disons... compliqués. Baisse du CA, des marges qui se tendent, un contexte géopolitique incertain, et comme souvent dans ces moments-là, une question se pose dans tous les COMEX : "qu'est-ce qu'on coupe ?".

La chasse aux coûts est ouverte : les consultants, les licences, les déplacements, les projets, les recrutements, les contrôles... 

Et c'est là dans ce contexte, dans les discours de rentrée que l'on entend ce mot : la frugalité. C'est un joli mot, beaucoup plus sympathique à entendre que de parler de réduction des coûts ou de plan d’économies ! Mais attention… Frugalité ne veut pas dire dépenser moins. Cela veut dire, à mon sens : "Créer autant ou plus de valeur avec moins de ressources."

Et c’est précisément là que l’IA peut devenir intéressante mais aussi dangereuse…       

La frugalité, ce n’est pas couper partout !

Prenons un exemple tout simple. Vous avez une entreprise qui gagne moins d’argent. Vous demandez à chaque direction de réduire ses dépenses de 10 %. Marketing : -10 %, IT : -10 %, RH : -10 %, etc...

Sur Excel, c'est simple, efficace, presque magique mais est-ce vraiment frugal ? Pas forcément. Parce que si vous réduisez de 10 % les dépenses commerciales et que vous perdez 5 % de chiffre d’affaires supplémentaire, vous avez peut-être fait une superbe économie… qui vous coûte beaucoup plus cher en résultat !

La vraie question n’est donc pas : « Combien peut-on couper ? » Mais plutôt : « Où dépensons-nous aujourd’hui des ressources sans créer suffisamment de valeur ? »

L’IA, formidable machine à faire mieux avec moins

On parle beaucoup d'une IA qui va révolutionner l’entreprise, peut-être... Moi, je crois d'abord à quelque chose de beaucoup plus terre-à-terre : Les petits gains.

Une tâche répétitive, un mail, un compte rendu, une recherche documentaire, une analyse, un contrôle, un rapprochement, une première réponse client, une synthèse... 5 minutes gagnées ici, 10 minutes là, 100 fois, 1 000 fois, 10 000 fois.

C’est exactement ce que j’écrivais récemment dans cet article avec l’histoire des « p’tits sous » : la vraie valeur de l’IA peut aussi se cacher dans ces micro-gains répétés à grande échelle.

Imaginons 500 magasins. Si l’IA permet de gagner seulement 15 minutes par jour et par magasin sur une tâche administrative : 15 minutes × 250 jours × 500 magasins = 31 250 heures par an. 15 minutes par jour ce n’est pas spectaculaire mais à l'échelle de l'entreprise, ça commence à parler.

Mais attention au piège du « temps gagné »

Parce qu’il y a un petit problème. Une heure économisée n’est pas nécessairement une heure gagnée. Si je demande à l’IA de produire une analyse en 5 minutes au lieu d’une heure, mais que je dois ensuite : vérifier les chiffres, contrôler les sources, corriger les erreurs, refaire les calculs, réécrire le document, expliquer à mon collègue pourquoi la réponse est fausse…


Ai-je vraiment gagné 55 minutes ? Pas forcément. J’ai peut-être simplement déplacé le travail. Et parfois, je l’ai même augmenté. C’est le fameux rework.

L’IA peut produire quelque chose de suffisamment bon pour sembler crédible… mais pas suffisamment bon pour être utilisé tel quel. Et là, attention danger, parce que la mauvaise réponse IA est souvent beaucoup plus séduisante que l’absence de réponse. Elle est bien écrite, structurée, rapide, convaincante. Et parfois complètement à côté !

Un exemple de piège de la frugalité : économiser sur la qualité de la donnée

C'est un autre grand classique, on veut faire des économies, alors on regarde les coûts de Data Quality. Encore un truc qu'on ne voit pas directement alors à quoi ça sert ?
« Ces contrôles coûtent cher, on pourrait peut-être en supprimer quelques-uns ? non ? »

Mais si la donnée qui entre dans le système est mauvaise, elle va alimenter les reportings, les dashboards, les analyses, les modèles prédictifs, les décisions d'attribution de campagnes marketing, les prévisions, les agents IA... et tout cela finit par arriver dans les COMEX.

Et pourtant tout le monde le sait, une mauvaise donnée à l’entrée peut devenir une très grosse erreur à la sortie, c'est l’effet multiplicateur de la mauvaise donnée.

Vous économisez 100 000 € sur les contrôles amont, mais vous générez 500 000 € de retraitement ou 1 M€ de décisions erronées ou simplement plusieurs mois de travail pour comprendre pourquoi les indicateurs ne racontent plus la même histoire.

La frugalité intelligente ne consiste donc pas à supprimer les contrôles. Elle consiste à se demander :
« Quels contrôles sont réellement nécessaires et comment pouvons-nous les automatiser ? »

Et là, l’IA peut justement aider :
✅ Contrôler 100 % des données automatiquement,
✅ Identifier les anomalies,
✅ Ne faire intervenir l’humain que sur les exceptions.

Moins de contrôle humain, mais pas moins de contrôle. Voilà une vraie démarche frugale.

Le deuxième piège : l’IA « moyenne »

Vous connaissez peut-être cette situation : vous posez une question à l’IA, sympa elle vous répond, c'est propre, structuré, ça semble intelligent mais curieux vous recommencez, et là surprise : la réponse est différente. Vous reformulez, réponse encore différente...

Bienvenue dans le monde merveilleux de l’IA moyenne ! Le problème n’est pas nécessairement que l’IA soit mauvaise. Le problème est qu’elle peut produire une réponse : suffisamment bonne pour être acceptée, mais insuffisamment bonne pour créer de la performance.


Et là encore, le calcul de frugalité devient intéressant. Avant IA : 60 minutes → résultat fiable.
Avec une IA mal maîtrisée : 10 minutes → résultat moyen + 20 minutes de vérification, 15 minutes de correction, 10 minutes de reformulation..

Au total 55 minutes. Super ! On a économisé 5 minutes… et ajouté un risque.

Le troisième piège : mettre de l’IA partout

L'IA va tout révolutionner, on va faire mieux tout en étant moins, on va travailler plus vite et faire beaucoup plus de choses alors la consigne est claire "Il faut en mettre partout !"

Le message du COMEX est passé, on forme tout le monde à l'utilisation des agents et la course est lancée...

Chaque équipe construit sa roadmap, choisit son outil, Copilot, GPT, Gemini, Claude, un agent par ici, un POC, un autre POC. On avance alors en mode plus ou moins débridé.

5 outils → 5 licences → 5 architectures → 5 façons de travailler.

On voulait faire de la frugalité ? On vient de créer de la complexité, et cette complexité coûte cher. (cf article IA, fini de jouer, on passe à la caisse !!!)

Le quatrième piège : automatiser un mauvais processus

Il y a une règle que j'aime beaucoup : "Ne jamais automatiser ce qu'il faudrait d'abord supprimer."

Si un processus comporte 15 étapes dont 5 sont inutiles, mettre une IA au milieu ne le rend pas frugal. Cela donne simplement : un mauvais processus… plus rapide.

La bonne séquence est plutôt : Éliminer > Simplifier > Standardiser > Automatiser > IA.

C’est d’ailleurs pour cela que la modélisation des processus métiers est si importante dans une stratégie IA : avant de chercher où mettre de l’IA, il faut comprendre où se trouve réellement la souffrance opérationnelle. (cf article La modélisation des processus métier : le socle de votre stratégie IA)

Et puis il y a la facture…

Parce que l’IA a un petit défaut. Elle consomme du calcul, des tokens, du stockage, des API, de l’infra et elle peut consommer beaucoup plus que prévu. Un agent qui réfléchit trois fois avant d’exécuter une tâche, un workflow qui boucle, un modèle surdimensionné utilisé pour une tâche toute simple, une requête envoyée 10 fois alors qu’une seule aurait suffi...

Là encore, on peut avoir un magnifique paradoxe :
On utilise l’IA pour faire des économies… et l’IA devient elle-même un poste de coûts.

C’est pour cela que le coût de l'IA doit progressivement être intégré dans le calcul du P&L du processus.

Alors, faut-il avoir peur de la frugalité et de l’IA ?

Non, bien au contraire. Je pense que c’est une formidable opportunité. Mais il faut changer légèrement notre façon de regarder le sujet.

La question simplifiante serait : « Combien pouvons-nous économiser grâce à l’IA ? »

La meilleure question serait : « Comment pouvons-nous créer plus de valeur avec moins de ressources, sans dégrader la qualité ni augmenter notre risque ? »

Et cela change tout.

Ma petite check-list Best Win Tips de la frugalité IA


Avant de lancer un projet IA, je poserais simplement 7 questions :
✅ Quel problème métier voulons-nous résoudre ?
✅ Quelle valeur voulons-nous créer ?
✅ Peut-on supprimer ou simplifier le processus avant de l'automatiser ?
✅ Quel est le coût complet de la solution ?
✅ Quel est le niveau de qualité attendu ?
✅ Quel est le coût d'une erreur ?
✅  Comment mesure-t-on le gain réel ?

Finalement, la frugalité n'est peut-être pas une histoire de réduction des coûts

C'est peut-être juste une histoire de bon sens.
>> Ne pas dépenser pour rien,
>> Ne pas travailler pour rien,
>> Ne pas contrôler pour rien,
>> Ne pas automatiser pour rien,
>> Ne pas faire de l'IA pour faire de l'IA.

Et surtout…
>> ne pas économiser 1 € aujourd'hui pour en perdre 10 demain !

L'IA peut devenir une formidable machine à frugalité. Mais uniquement si elle est mise au service du bon processus, de la bonne donnée, du bon niveau de qualité et du bon objectif business.


Sinon, elle ne fera qu'une chose très efficacement : accélérer nos mauvaises habitudes.

Vous avez aimé ? N'hésitez pas à partager ! 😉
Whatsapp / Linkedin / Twitter X

Best Win Tips

300 Conseils pour Se Lancer, Progresser et Réussir
dans votre vie personnelle et professionnelle
et atteindre vos objectifs de performance, de plaisir et de bien-être.

L'auteur

Mon nom est Yann Puslecki, je suis indépendant. J’accompagne en mission ou en transition des équipes et des projets pour booster durablement la performance du digital commerce et des parcours omnicanaux. En savoir +

Lire un autre article ?

Le sommaire c'est par içi...